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Origines du Songo : jeu de stratégie africain du Cameroun, Gabon et Guinée équatoriale

Dernière mise à jour : 5 août

Tablier de Songo entouré de 2 chaises traditionnelles

Sommaire


  • Le Songo : origines et définition

  • Historique et création du Songo par le chef ESSOMB-NDANA

  • L'évolution matérielle du Songo : du sol au plateau transportable

  • Contexte social et transmission du Songo

  • L’héritage du Songo en Afrique centrale

  • Foire aux questions


Le Songo : origines et définition


Le Songo est un jeu de stratégie profondément ancré au sein de la communauté Ekang, présente en Afrique centrale entre le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Congo. Ce jeu de réflexion oppose deux adversaires dans un duel de calcul et de patience, transmis de génération en génération. Le Club Awalé propose d'explorer ses règles du songo ainsi que ses vertus mathématiques. Sa compréhension passe par la découverte de ses origines historiques, liées à la figure du chef Essomb-Ndana.


Historique et création du Songo par le chef ESSOMB-NDANA


Cette tradition du peuple Beti prend sa source sous l'autorité du chef de village Essomb-Ndana, ancêtre d'Essomba Luc. Soucieux de meubler les heures d'oisiveté de sa cour, ce chef réunit un jour ses proches et ses serviteurs autour d'une ambition commune : concevoir un divertissement capable d'aiguiser l'esprit des notables. L'objectif est alors clairement défini : s'exercer à la stratégie pour mieux trancher les futurs palabres du village et discerner la vérité lors des litiges.


L'entourage du chef adhère immédiatement à cette idée et se met à son service pour donner vie au projet. Respectant la coutume qui l'exempte de travail manuel, le chef ordonne de creuser le premier plateau de jeu à même le sol, au centre de la cour des palabres : quatorze cavités réparties en deux rangées symétriques. À mesure que les trous se dessinent, le dirigeant y dépose lui-même cinq cailloux par réceptacle. C'est le début d'une pratique qui traverse les âges, marquant durablement le paysage culturel de la région.


Des doutes s'expriment rapidement sur la composition des forces, le frère du chef préconisant en vain un nombre pair de six cailloux par trou. Le chef maintient sa configuration initiale de cinq pions et invite son frère à ouvrir la première partie, rappelant par un proverbe la primauté de l'initiative individuelle : une chose doit appartenir à un homme avant d'appartenir à sa famille. Cet honneur d'inaugurer le jeu scelle le respect mutuel entre les deux hommes.


Installés sur des sièges de lianes de part et d'autre de l'espace de jeu, les deux partenaires posent les fondations d'un affrontement codifié. Les règles de déplacement s'imposent d'elles-mêmes : chaque joueur distribue ses pions un par un dans les cases successives. La capture des pièces adverses s'effectue selon un principe précis : le joueur récolte les cailloux accumulés lorsque leur nombre final est compris entre deux et quatre dans une case ennemie.


Une négociation s'ouvre alors concernant le tout premier trou de chaque rangée, assimilé symboliquement à la tête du joueur. Le frère du chef, invoquant son grand âge, refuse que cette case stratégique puisse être vidée par l'adversaire, préférant limiter les prises aux autres cavités. Le chef accepte finalement cette clause restrictive après de vifs débats d'idées. Derrière ces conventions, cette concession montre à quel point le Songo préserve la sensibilité et la dignité des aînés, une coutume restée intacte chez les Ewondo depuis ses origines.


Le Songo se fonde sur des alliances et des joutes verbales codifiées. Lors des échanges fondateurs, la ruse s'établit autour de quatorze fosses et de soixante-dix graines : capturer la majorité des pions atteste d'une supériorité intellectuelle immédiate. Les anciens fixent alors les premières limites pour préserver l'honneur des joueurs : interdiction de vider le premier trou, interdiction d'insérer deux fois de suite une graine dans une case de son propre camp. La partie bascule quand la stratégie l'emporte sur le simple hasard des prises.


L'évolution du Songo au delà des origines : du sol au plateau transportable


Au commencement, la terre nue sert de réceptacle aux graines avant que l'art de la sculpture ne façonne le destin de ce divertissement. Un artisan habile nommé Omgba Seme donne au Songo sa forme moderne en taillant le bois d'ébène. Ce passage du sol au bois noble transforme une habitude locale en un objet voyageur. Au-delà de la règle, transporter le plateau permet d'aller à la rencontre des aînés jusque dans leur cour pour partager un moment de transmission.


La noblesse de l'ébène appelle rapidement un autre changement : les pierres lourdes et muettes cèdent leur place aux graines de l'arbre Ezezam. Ces projectiles végétaux glissent parfaitement entre les doigts et produisent un claquement sec à chaque capture. Ce son particulier rythme la joute et donne de la voix aux joueurs lors des victoires : les formules de dérision fusent alors pour taquiner l'adversaire vaincu. C'est une pratique qui traverse les âges, liant le geste précis à la parole théâtrale.


Pour préserver l'éclat de ces œuvres, les sages enduisent régulièrement le bois sombre d'huiles protectrices. Plus tard, le choix du raphia sculpté s'impose pour sa résonance exceptionnelle : le choc des graines y résonne avec une clarté nouvelle. Club Awalé s'engage à faire vivre cette lutherie ludique en valorisant les gestes qui s'exécutent sur le plateau. Prenez le temps d'écouter cette musique de table pour apprécier la longue marche d'une tradition d'Afrique centrale.


Contexte social et transmission du Songo


À cette époque, le jeu du Songo était réservé aux anciens, généralement âgés d’au moins soixante ans. Les enfants et les adultes plus jeunes n’y jouaient pas, car ce jeu était tenu pour noble. Le peuple Ekang reconnaissait dans ce jeu un instrument de sagesse et de distinction, une pratique qui traverse les âges.


Les enfants étaient tenus à l’écart des parties pour une raison précise : lorsqu’ils voyaient un ancien perdre beaucoup de pions, ils riaient et se moquaient de lui. Afin de préserver la dignité des joueurs, il leur était donc interdit d’assister au jeu. Dès la première partie observée, ce que le jeu révèle compte autant que le résultat.


Quand un joueur battait son adversaire, il pouvait lui lancer : « Ma ndaman te mó mama a zeze », c’est-à-dire : « Je gâte mes mains pour rien. » Un chant était aussi entonné à haute voix pour que les spectateurs l’entendent : « Nga, e mod nyo ane ai mod a mvus ooo. Ma samza e mgbébé dugu », soit : « Cet homme n’a-t-il donc personne derrière lui ? Je le secoue comme un squelette. » En sifflotant, certains ajoutaient encore : « Wa a dza a na », c’est-à-dire : « Sais-tu qu’il faut manger des graines ? »


À mesure que ces chants circulaient dans le village, ils donnaient envie d’apprendre à jouer. La partie bascule quand le prestige du jeu se mêle à la mémoire des formules, des gestes et des regards. Le Songo se transmettait ainsi autant par l’écoute que par la pratique.


La moquerie ne s’arrêtait pas là : lorsqu’il y avait trois plateaux de jeu dans le village, il y avait aussi trois paquets de plumes. Tout joueur qui encaissait des buts devait porter sur la tête le nombre correspondant de plumes. Dans certains villages, cette habitude subsiste encore, sur le plateau comme autour de lui.


Une bonne connaissance du Songo repose sur une pratique régulière et sur une réelle habileté à calculer. Une fois la règle assimilée, le joueur apprend à prévoir, à compter et à temporiser. Au-delà de la règle, cette discipline forme l’attention et la maîtrise de soi.


L’héritage du Songo en Afrique centrale


Un ancien Ewondo a transmis son histoire du Songo. Chaque village où ce jeu est pratiqué conserve d’ailleurs son propre récit. Pourtant, l’essentiel demeure : le Songo porte une transmission de la sagesse et de l’intelligence stratégique, en quelques coups.


Rien de parfaitement certain ne peut être affirmé sur son origine précise. Cependant, les anciens s’accordent à dire qu’il vient du Sud, de la région où le peuple Ekang a développé certaines de ses traditions les plus profondes. En retour, cette mémoire locale éclaire la place singulière du jeu dans l’histoire culturelle d’Afrique centrale.


Ce patrimoine culturel d’Afrique centrale est désormais reconnu parmi les grands jeux de stratégie du monde. Dans cette continuité, Club Awalé propose des Songos artisanaux sur mesure, façonnés à la main par des artisans locaux avec des matériaux biosourcés et éthiques. La structure accompagne aussi les joueurs grâce à des animations en présentiel, des ressources autour du Songo jeu éducatif et un suivi adapté à chaque niveau.


Foire aux questions


Qu'est-ce que le Songo et comment le définir ?

Le Songo est un jeu de stratégie africain traditionnel de la famille des jeux de type mancala, pratiqué depuis des siècles chez les Ekang, au Cameroun, au Gabon, en Guinée équatoriale et au Congo. Il se joue à deux sur un plateau de quatorze cases réparties en deux rangées. À mesure que la partie avance, graines ou cailloux servent à calculer, anticiper et capturer les pièces adverses en plaçant les siennes avec justesse, sur le plateau.

D'où vient le Songo et qui l'a créé ?

Selon le témoignage d’Essomba Luc, ancien Ewondo, le Songo aurait été créé par Essomb-Ndana, chef de village, afin d’offrir un cadre où les joueurs pouvaient rivaliser d’intelligence et de sagesse pour trancher certaines palabres communautaires. Le jeu se pratiquait d’abord dans la cour du chef : quatorze trous creusés en deux rangées, avec cinq cailloux par trou. Une fois la règle assimilée et le jeu diffusé, son support a évolué grâce au sculpteur Omgba Seme, qui l’a rendu transportable en bois d’ébène puis en raphia, en remplaçant les cailloux par des graines d’ezezam, une pratique qui traverse les âges.

Quelle est la différence entre le Songo (jeu africain) et le songo cubain ?

Le Songo africain est un jeu de stratégie traditionnel né en Afrique centrale dans l’aire culturelle ekang. Le songo cubain, lui, désigne un genre musical apparu dans les années 1970 à Cuba, dans le sillage du son montuno, sous l’impulsion du groupe Los Van Van et de Juan Formell. La différence est nette : d’un côté, un jeu de réflexion fondé sur le calcul et l’anticipation; de l’autre, une forme musicale nourrie de rythmes traditionnels et d’influences modernes, ce que le jeu révèle.


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