Toguz Kumalak : jeu de semailles du Kazakhstan et patrimoine UNESCO
- Ngoufo GANGNIMAZE

- 25 août 2025
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 7 jours

Sommaire
Origines historiques du Toguz Kumalak en Asie centrale
Comment jouer au Toguz Kumalak : règles du jeu traditionnel
Patrimoine culturel immatériel : le Toguz Kumalak au Kazakhstan et au Kirghizistan
Compétitions mondiales et reconnaissance internationale du Toguz Kumalak
Conclusion
Foire aux questions
Le Toguz Kumalak, également connu sous les noms de Toguz Korgool ou Togyzqumalaq, appartient à la grande famille des jeux de semailles. Il occupe une place importante dans les cultures d’Asie centrale, notamment au Kazakhstan et au Kirghizistan, avec des formes voisines signalées jusqu’en Turquie. Ce jeu de stratégie partage des racines anciennes avec le mancala et l’Awalé, tout en développant une logique propre, au-delà de la règle.
Issu des steppes nomades, il est devenu un repère culturel autant qu’un exercice de calcul et d’anticipation. Son importance a été reconnue en 2020 : le Toguz Kumalak a été inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Pour les amateurs de jeux de réflexion anciens, familiers des échecs comme de l’Awalé, il ouvre un autre horizon stratégique, façonné par les traditions nomades et la pensée mathématique. Il est possible d’approfondir l’histoire du Toguz Kumalak.
Origines historiques du Toguz Kumalak en Asie centrale
L’histoire du Toguz Kumalak se perd loin dans le temps. Certaines hypothèses relient sa diffusion à la circulation des pratiques culturelles en Asie centrale, notamment dans le sillage des échanges religieux et commerciaux. Des chercheurs kazakhs l’associent aussi aux traditions des peuples turciques et mongols, en particulier à l’époque de la Horde d’Or au XIVe siècle, une pratique qui traverse les âges.
Des traces plus anciennes apparaissent dans l’épopée kirghize Manas, dont les strates anciennes remontent au IXe siècle. Certains passages évoquent la fabrication des plateaux et l’acte même de jouer : ils témoignent d’une présence ancienne du jeu dans la vie sociale. L’auteur de Laws of Togyzkumalak avance même une datation beaucoup plus reculée, jusqu’à 4 000 ans, en lien avec des sociétés qui valorisaient à la fois l’entraînement de l’esprit et l’endurance du corps.
Les jeux de semailles ont probablement circulé en Asie centrale par les routes d’échanges, dont la Route de la Soie. Un jeu très proche, nommé Piç et signalé dans le village d’Oguzkent en Turquie, laisse penser qu’une forme antérieure existait déjà avant la migration de certains peuples turcs vers l’Anatolie au XIIe siècle. À mesure que les sources se croisent, une continuité culturelle se dessine entre les mondes nomades d’Asie centrale et d’autres régions voisines.
Les plus anciennes planches de pierre connues, datées du XVIe siècle, confirment l’ancrage matériel du jeu au Kazakhstan et dans les territoires proches. Puis le Toguz Kumalak entre dans les travaux savants européens : l’ethnographe russe N. Pantusov le décrit en 1906, suivi par l’anthropologue allemand Richard Karutz en 1911. Ce que le jeu révèle, ici, dépasse la seule antiquité d’une règle : il éclaire des circulations de savoirs, de gestes et de formes de pensée à l’échelle d’un vaste espace culturel.
Comment jouer au Toguz Kumalak : règles du jeu traditionnel
Le Toguz Kumalak, ou Toguz Korgool, tire son nom du mot turcique « toguz », qui signifie « neuf ». Ce chiffre occupe une place importante dans les croyances populaires et la mythologie des peuples d’Asie centrale. « Toguz Kumalak » signifie « neuf cailloux » en kazakh, tandis que « Toguz Korgool » signifie « neuf boules de fumier » en kirghize, en référence aux matériaux autrefois utilisés pour les pions. Cette terminologie révèle l’ancrage du jeu dans la vie pastorale des steppes, une pratique qui traverse les âges.
Le jeu se pratique sur un plateau composé de deux rangées de neuf trous, appelés « üi » ou « otau » (maisons ou nids), ainsi que de deux grandes cavités, les « kaznas » ou « kazan » (trésors ou chaudières), où sont placées les pierres capturées. Au début de la partie, chacun des dix-huit trous reçoit neuf pierres, soit un total de 162, tandis que les kaznas restent vides. Cette disposition assure une parfaite égalité de départ sur le plateau.
Les joueurs jouent à tour de rôle : ils prennent toutes les pierres d’un de leurs trous, sauf s’il s’agit d’un « tuzdik », puis les distribuent une à une dans les trous suivants, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Une particularité mérite attention : si le trou de départ contenait plus d’une pierre, la première est redéposée dans ce même trou; s’il ne contenait qu’une seule pierre, celle-ci est placée directement dans le trou suivant. Dès la première partie, cette règle rend les calculs plus subtils et affine la lecture des coups.
La capture se produit lorsque la dernière pierre d’une distribution tombe dans un trou adverse et que ce trou contient alors un nombre pair de pierres. Toutes les pierres de ce trou sont aussitôt capturées et placées dans la kazna du joueur qui vient de jouer. En quelques coups, cette mécanique ouvre des possibilités tactiques constantes.
Le Toguz Kumalak se distingue aussi par la création du tuzdik, appelé « tuz » en kirghize, terme qui renvoie à un « endroit sacré » ou au « sel ». Si la dernière pierre d’un coup tombe dans un trou adverse et porte exactement son contenu à trois pierres, ce trou peut être déclaré « tuzdik ». Dès lors, toutes les pierres qui y tombent ensuite sont automatiquement capturées par son propriétaire et transférées dans sa kazna. Il existe toutefois trois limites : un seul tuzdik par joueur pendant toute la partie, l’interdiction de le créer sur le neuvième trou adverse, et l’impossibilité de former un tuzdik symétrique à celui de l’adversaire. La partie bascule quand cette règle est utilisée avec justesse.
La partie s’achève lorsqu’un joueur ne peut plus jouer, parce que tous les trous de son côté, hors éventuel tuzdik, sont vides. Cette situation porte le nom d’« atsyz kalu », que l’on peut traduire par « rester sans cheval ». Les pierres encore présentes sur le plateau reviennent alors au joueur du côté duquel elles se trouvent. Le vainqueur est celui qui réunit plus de 81 pierres dans sa kazna et grâce à son tuzdik; si chacun en totalise exactement 81, la partie est déclarée nulle. Au-delà de la règle, cette fin de jeu montre combien l’anticipation compte autant que la capture.
Le Toguz Kumalak est souvent surnommé l'« algèbre des bergers » : sa profondeur de calcul et sa complexité stratégique mobilisent les quatre opérations arithmétiques fondamentales. Cette exigence de prévision et de planification se retrouve dans de nombreux jeux de mancala, un trait qui parlera aux joueurs déjà familiers de cette famille. Pour prolonger cette découverte, Club Awalé propose un éclairage sur l’histoire du Toguz Kumalak, une pratique qui traverse les âges.
Patrimoine culturel immatériel : le Toguz Kumalak au Kazakhstan et au Kirghizistan
Le Toguz Kumalak est reconnu comme un sport national au Kazakhstan et au Kirghizistan. Cette reconnaissance a favorisé sa présence dans les écoles, les universités et les célébrations publiques : le jeu y tient une place pédagogique concrète. Dès la première partie, il sollicite le calcul mental, la logique et l’anticipation, ce qui explique son enseignement dès l’école primaire au Kazakhstan, au Kirghizistan et en Turquie.
À mesure que cette transmission s’organise, des initiatives élargissent encore son accès. Des programmes soutenus par l’USAID en Ouzbékistan ont ainsi permis son introduction dans 1 000 écoles, avec des modules pédagogiques inclusifs conçus pour différents profils d’apprenants. Ce que le jeu révèle, ici, c’est sa capacité à relier héritage culturel et apprentissage structuré.
Son importance culturelle a reçu une reconnaissance internationale en décembre 2020 : le jeu traditionnel d’intelligence et de stratégie Togyzqumalaq, Toguz Korgool, Mangala/Göçürme a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Cette inscription concerne un patrimoine partagé par le Kazakhstan, le Kirghizistan et la Turquie. Elle souligne à la fois sa valeur de transmission et sa capacité à faire circuler des traditions communes au-delà de la règle.
En retour, cette reconnaissance renforce la place du Toguz Kumalak dans l’identité culturelle de l’Asie centrale. Le patrimoine culturel immatériel le désigne comme un bien à préserver, à documenter et à transmettre. Une fois cette portée reconnue, le jeu apparaît non seulement comme une discipline de l’esprit, mais aussi comme un lien vivant entre générations.
Compétitions mondiales et reconnaissance internationale du Toguz Kumalak
L’histoire des compétitions de Toguz Kumalak commence avec un premier tournoi officiel organisé en 1948 à Almaty, au Kazakhstan. Cette étape conduit à une standardisation des règles dès 1949. Après la dissolution de l’URSS en 1991 et l’indépendance du Kirghizistan, le jeu gagne en visibilité. La Fédération de Toguz Korgool du Kirghizistan est fondée en 1993, puis celle du Kazakhstan en 2004, avant la création d’une fédération internationale en 2008 : une structuration qui rend les tournois plus lisibles et les règles mieux partagées.
À mesure que cette organisation se consolide, des championnats sont mis en place à l’échelle locale, régionale et nationale au Kazakhstan, au Kirghizistan, en Ouzbékistan et en Russie. Le premier championnat organisé hors d’Asie centrale se tient en 2006, lors des Mindsports Olympiad à Londres, signe d’une ouverture internationale. D’autres rendez-vous suivent à Istanbul, Prague, Ohrid, Pardubice, Barcelone, Cannes, Schweinfurt et La Tour-de-Peilz. Le premier Championnat du monde a lieu à Astana, au Kazakhstan, en 2010, puis le premier Championnat d’Europe en 2011 à Pardubice, sur le plateau des grandes rencontres de jeux de stratégie.
Cette dynamique se prolonge jusqu’aux événements les plus récents. En 2024, un tournoi de Toguz Kumalak est organisé à Astana par le Sénat du Parlement de la République du Kazakhstan et la Fédération kazakhe de Toguz Kumalak, à l’occasion du 30e anniversaire des conseils locaux et en soutien aux Ve World Nomad Games. Ce type d’initiative montre comment une pratique issue d’Asie centrale trouve sa place dans des cadres à la fois institutionnels, culturels et sportifs.
Le Toguz Kumalak fait aussi partie du programme des Jeux mondiaux nomades depuis 2014. Des centaines d’athlètes venus de près de 90 pays s’y retrouvent, ce qui renforce la reconnaissance du jeu comme discipline de stratégie. Les tournois locaux suivent le plus souvent des formats clairs : rondes éliminatoires ou système suisse, sous l’égide des fédérations nationales, d’associations culturelles et des instances liées aux jeux mondiaux.
En retour, la diffusion numérique accompagne cette reconnaissance. Le premier programme informatique de Toguz Korgool est créé en 1999 par l’ingénieur logiciel kirghiz K. Kartanbaev. Le jeu est désormais présent sur plusieurs plateformes, comme Iggamecenter, PlayStrategy et PlayOK, ainsi que sur mobile, ce qui facilite l’apprentissage, les rencontres à distance et l’organisation de tournois. En 2005, Kirk Scott, de l’Université d’Alaska, s’en sert même pour enseigner le JavaScript, ce que le jeu révèle aussi de sa valeur pédagogique.
Une fois la règle assimilée, cette circulation internationale devient plus naturelle. En juin 2025, une fédération dédiée au Toguz Kumalak est créée en Corée du Sud, marquant une nouvelle étape pour ce jeu traditionnel d’ Asie centrale. Plus de 50 pays participent aujourd’hui à sa pratique régulière, au-delà de la règle et des frontières d’origine. Pour approfondir cet ancrage culturel, consultez Toguz Kumalak histoire.
Conclusion
Le Toguz Kumalak porte une part vive de l'histoire culturelle et intellectuelle de l'Asie centrale. Ce jeu de semailles, fondé sur des règles du Toguz Kumalak précises et sur une longue transmission, continue de se développer grâce aux fédérations, aux usages pédagogiques et aux plateformes numériques. Une pratique qui traverse les âges.
Sa profondeur stratégique, ses liens avec le calcul et son inscription au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO en font un repère marquant pour les joueurs du monde entier. Pour les amateurs de jeux de stratégie abstraits qui souhaitent découvrir une autre branche des mancala, il ouvre un terrain d'exploration singulier. Dès la première partie, ce que le jeu révèle dépasse la seule technique.
Les joueurs familiers de l'Awalé, les passionnés d'échecs comme les curieux des traditions ludiques y trouvent une forme d'exigence claire: compter, anticiper, relier chaque coup à une structure d'ensemble. Club Awalé défend justement cette circulation entre les cultures du jeu et les pratiques de transmission. Le Toguz Kumalak reste ainsi un jeu d'intelligence et un jeu de société au sens fort, porté par la mémoire, l'étude et la rencontre.
Foire aux questions
Quelles sont les origines historiques du Toguz Kumalak ?
Le Toguz Kumalak remonte à plusieurs siècles, et selon certaines traditions, à plusieurs millénaires, en Asie centrale, surtout au Kazakhstan et au Kirghizistan. Son histoire s'inscrit dans les circulations nomades et dans un ensemble de pratiques de calcul et de stratégie transmises sur le long terme. Des mentions anciennes apparaissent dans l'épopée kirghize « Manas », parfois datée autour du IXe siècle.
Les plus anciens plateaux de pierre conservés sont généralement datés du XVIe siècle, ce qui donne un appui matériel solide à cette ancienneté. En retour, la première description connue en Occident est attribuée à l'ethnographe russe N. Pantusov en 1906. Au-delà de la règle, ce parcours historique montre un jeu lié à la mémoire culturelle de la région.
Quand a eu lieu le premier tournoi officiel de Toguz Kumalak ?
Le premier tournoi officiel de Toguz Kumalak a eu lieu en 1948 à Almaty, au Kazakhstan. Cet événement a préparé la formalisation des règles, intervenue l'année suivante, en 1949. La partie change alors d'échelle: le jeu entre dans un cadre compétitif stable.
Cette structuration a favorisé la création de fédérations nationales, puis d'une fédération internationale en 2008. À mesure que l'organisation se renforce, les compétitions se multiplient, avec des championnats du monde organisés depuis 2010. Club Awalé suit avec attention ce type d'institutionnalisation, qui aide les jeux traditionnels à rester lisibles et transmissibles.
Dans quels pays pratique-t-on le Toguz Kumalak aujourd'hui ?
Le Toguz Kumalak est aujourd'hui pratiqué dans plus de 50 pays. Ses ancrages historiques restent forts au Kazakhstan et au Kirghizistan, avec une diffusion ancienne en Turquie, en Russie et dans d'autres espaces d'Asie centrale. Une fois la règle assimilée, sa logique séduit aussi bien les milieux scolaires que les cercles de joueurs expérimentés.
Des compétitions sont organisées en Europe, notamment en Italie, en Tchéquie et en France, ainsi qu'en Asie et en Amérique du Nord. L'intégration du jeu aux Jeux mondiaux nomades depuis 2014 a encore élargi sa visibilité internationale. Sur le plateau comme dans les rencontres entre pays, cette diffusion montre la vitalité d'une tradition toujours active.




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