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Le Renard et les Moutons (Diyoubawelnaj) : règles, histoire et stratégie d'un jeu de chasse


Douze moutons avancent en bloc ; un renard rôde au centre. De ce déséquilibre naît l'un des plus vieux jeux de stratégie du monde — présent des campements du Maghreb aux cloîtres médiévaux d'Europe.

Plateau en croix du jeu Renard et les Moutons (Diyoubawelnaj) avec 12 moutons et 1 renard
Plateau en croix du jeu Renard et les Moutons (Diyoubawelnaj) avec 12 moutons et 1 renard

Le Renard et les Moutons est un jeu de stratégie à deux joueurs et à camps dissymétriques : d'un côté un pion unique, le renard, prédateur et mobile ; de l'autre un troupeau de douze moutons, plus nombreux mais lents. Toute la tension du jeu tient dans ce face-à-face inégal. Dans le monde arabe, ce même affrontement porte un nom hérité des bergers : le Diyoubawelnaj. Chez Club Awalé, nous aimons ces jeux où la mémoire pastorale se lit encore sur le plateau. Voici son histoire, ses règles complètes et sa stratégie.

Qu'est-ce que le jeu du Renard et les Moutons ?

Le jeu du renard et des moutons appartient à la grande famille des « jeux de chasse », aussi appelés jeux d'asymétrie. Le principe est simple : un camp minoritaire mais puissant affronte une majorité défensive. Le renard cherche à dévorer le troupeau en sautant par-dessus les pions, comme au jeu de dames ; les moutons, eux, tentent d'encercler le renard jusqu'à l'immobiliser complètement. C'est un jeu de stratégie asymétrique pur, sans dés ni hasard : chaque coup engage toute la partie.

Selon les régions, la proie change d'animal sans que la mécanique varie. On parle ainsi de renard et les poules, de renard et les oies (la forme la plus ancienne en français), ou de renard et les moutons dans les traditions pastorales. En anglais, le jeu est connu sous le nom de Fox and Geese ; en allemand, Fuchs und Gänse. Un seul et même jeu, une infinité de visages.

Diyoubawelnaj : quand le Renard et les Moutons raconte le monde arabe

Dans l'aire arabo-maghrébine, le Renard et les Moutons est bien plus qu'un divertissement : c'est une archive vivante de la vie pastorale. Le Diyoubawelnaj oppose un camp minoritaire et prédateur à une majorité défensive, exactement comme le berger devait protéger son troupeau des bêtes rôdant autour de l'enclos. La partie bascule quand l'équilibre entre poursuite et blocage se rompt — même logique que pour l'Awalé ou la Kharbga tunisienne, où l'espace compte autant que la prise.

Cette version aux 12 moutons et 1 renard illustre parfaitement ce que les chercheurs en jeux traditionnels appellent la « logique interne » d'un jeu : ce ne sont pas les gestes qui comptent, mais le réseau d'interactions que les règles créent entre les joueurs. Ici, le réseau est asymétrique et peut s'inverser en cours de partie — l'enfant qui mène le troupeau apprend, dès la première manche, la valeur du nombre, de la coordination et de la patience. C'est pourquoi ces jeux traditionnels du monde arabe figurent aujourd'hui parmi les supports pédagogiques les plus précieux à sauvegarder.

Des oies nordiques aux moutons du Maghreb : l'histoire du jeu

Le Renard et les Moutons plonge ses racines dans l'Europe du Nord médiévale, où il dérive de la famille des jeux scandinaves de type tafl. Il est mentionné, sous le nom de halatafl (« tablier de la queue », en allusion à la queue du renard), dans la saga islandaise de Grettir, rédigée avant 1300. Des plateaux gravés du 13e et du 14e siècle ont été retrouvés en Angleterre et en Italie : graffiti dans le cloître de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs à Rome, plateau gravé dans le puits du château de Norwich, motifs sur les tombes de la cathédrale de Salisbury.

Au 16e siècle, François Rabelais cite le « jeu du renard » dans la liste des divertissements de Gargantua. Un inventaire du roi d'Angleterre Édouard IV mentionne « deux renards et vingt-six limiers en argent doré » — soit deux jeux complets. De l'Europe médiévale aux campements du Maghreb, ce jeu de chasse a voyagé, changé de nom et de proie, mais jamais d'âme. Comparé dès 1283 à la « chasse au lièvre » du Livre des jeux d'Alphonse X de Castille, il a survécu jusqu'au 20e siècle dans les campagnes islandaises et anglaises, comme dans la mémoire orale arabo-berbère.

Le matériel : un plateau en croix, 12 moutons et 1 renard

Le plateau a la forme d'une croix composée de cinq marelles, soit trente-trois points d'intersection reliés par des lignes horizontales, verticales et — dans le carré central — diagonales. Point essentiel : les pions se posent sur les points, non dans les cases.

Le matériel comprend treize pions au total : un renard d'une couleur et douze moutons d'une autre. Rien de plus simple à réunir. Traditionnellement, les pions étaient des coquillages, des graines, des bouchons ou des cailloux, et le plateau se traçait sur une feuille, dans le sable, ou se gravait dans le bois et la pierre. Aucun équipement particulier n'est nécessaire : c'est un jeu de berger avant d'être un jeu de salon.

Nombre de joueurs

2

Âge

À partir de 6 ans, sans limite

Durée d'une partie

10 à 15 minutes

Matériel

Plateau en croix (33 points) · 1 renard · 12 moutons

Type de jeu

Stratégie, chasse, asymétrique, sans hasard

Autres noms

Diyoubawelnaj · Renard et les poules · Renard et les oies · Fox and Geese


Règles du jeu : comment jouer au Renard et les Moutons

1. La mise en place

Les 12 moutons sont disposés de manière à occuper un bras de la croix et les rangées voisines, formant un front compact face à l'adversaire. Le renard est placé au centre du plateau, dans le carré diagonal — la position qui lui assure la plus grande mobilité. Selon les variantes, la position initiale du renard et la profondeur des bras de la croix peuvent légèrement changer.

2. Les déplacements

Les joueurs jouent chacun leur tour. Le renard se déplace d'un point à la fois, dans toutes les directions tracées par les lignes. Les moutons, eux, avancent d'un seul point par tour, vers l'avant ou sur les côtés — jamais en arrière, jamais en diagonale — et ne peuvent pas capturer. Le joueur des moutons ne déplace qu'un seul pion à chaque tour. Toute la difficulté du camp majoritaire est là : avancer sans jamais ouvrir de brèche.

3. La capture

Le renard capture un mouton en sautant par-dessus lui, en ligne droite, lorsqu'un point libre se trouve immédiatement derrière — exactement comme au jeu de dames. Les prises multiples en chaîne sont autorisées, mais jamais obligatoires ; le mouton capturé est retiré du plateau. Les moutons, plus nombreux, ne capturent jamais : leur seule arme est le nombre.

4. Comment gagner ?

Le renard l'emporte lorsqu'il a mangé assez de moutons pour qu'il n'en reste plus assez (moins de quatre bien placés) pour l'encercler : le troupeau est alors trop clairsemé pour refermer le piège. Les moutons l'emportent s'ils parviennent à bloquer totalement le renard : au tour de celui-ci, il ne peut plus ni se déplacer ni sauter. La partie récompense la discipline collective — un joueur expérimenté menant les moutons, s'il ne commet aucune erreur, devrait immobiliser le renard à chaque partie. L'usage veut qu'une fois la victoire acquise, on intervertisse les rôles pour rejouer.

Stratégie : la mobilité contre le nombre

Le secret du Renard et les Moutons tient en une phrase : on gagne soit par la mobilité, soit par le nombre et la coordination. Le renard doit provoquer les erreurs, isoler un mouton avancé trop vite, puis enchaîner les sauts pour éclaircir le troupeau avant qu'il ne se referme. Sa meilleure amie, c'est l'impatience de l'adversaire.

Le camp des douze moutons, lui, ne gagne jamais par l'audace mais par la rigueur : avancer en muraille, ne jamais laisser un point libre derrière un pion, resserrer l'étau rangée après rangée. Un seul mouton mal placé ouvre une brèche que le renard exploitera aussitôt. C'est cette valeur — celle du groupe soudé, où la faute d'un seul met tout le monde en danger — que les enfants comprennent dès la première partie. Le Renard et les Moutons est, à ce titre, un excellent support d'atelier en famille comme à l'école.

Un jeu éducatif : ce que le Renard et les Moutons développe

Sous ses airs de jeu de berger, le Renard et les Moutons est un formidable outil pédagogique. Il développe le raisonnement logique, l'anticipation, la vision spatiale et la notion de stratégie asymétrique — cet art de gagner par des moyens opposés selon le camp que l'on tient. Sa simplicité matérielle en fait un support apprécié en mathématiques récréatives : il est notamment utilisé pour introduire les notions de position, de blocage et de coup gagnant.

C'est aussi un jeu de transmission. Longtemps confié à la seule mémoire orale des familles et des villages, il incarne ce que les spécialistes du patrimoine ludique appellent une « bibliothèque vivante » : chaque partie rejouée est un fragment de culture pastorale qui traverse les âges. Le préserver, c'est préserver un peu de la mémoire du monde arabe et de l'Europe à la fois.

Les variantes du Renard et les Moutons à travers le monde

Le jeu est attesté sur presque tous les continents sous des formes voisines. La version la plus ancienne oppose le renard à treize oies ; d'autres portent le troupeau à quinze ou dix-sept pions, en restreignant leurs déplacements pour compenser le surnombre. Notre version 12 moutons contre 1 renard offre un équilibre serré, idéal pour l'initiation. Parmi les cousins du jeu à connaître :

Diyoubawelnaj

Monde arabe / Maghreb — le renard et les moutons des bergers

Fox and Geese

Angleterre — la forme anglo-saxonne classique

Fuchs und Gänse

Allemagne — le renard et les oies germanique

Refskák / Halatafl

Islande — l'ancêtre nordique de type tafl

Asalto

Espagne — variante militaire du jeu de chasse

Bagh-Chal

Népal — tigres contre chèvres, même asymétrie

Cette parenté mondiale place le Renard et les Moutons dans la même famille que le Seega égyptien ou la Kharbga maghrébine : des jeux où l'espace, la prise et le blocage racontent chacun une culture.

FAQ — Le Renard et les Moutons

Combien de moutons dans le jeu du Renard et les Moutons ?

Dans la version présentée ici, le troupeau compte 12 moutons face à 1 renard, soit 13 pions au total. D'autres variantes utilisent 13, 15 ou 17 pions en adaptant leurs déplacements.

Quelle différence entre Renard et les Moutons, Renard et les Poules et Fox and Geese ?

Aucune sur la mécanique : seul l'animal-proie change selon les régions. « Renard et les poules » et « renard et les oies » sont les noms français ; Fox and Geese est le nom anglais ; le Diyoubawelnaj en est la version du monde arabe.

À partir de quel âge peut-on jouer ?

Dès 6 ans. Les règles s'apprennent en deux minutes, et une partie dure une dizaine de minutes, ce qui en fait un excellent jeu familial et scolaire.

Comment le renard gagne-t-il ?

Le renard gagne lorsqu'il a mangé assez de moutons pour ne plus pouvoir être encerclé. Les moutons gagnent s'ils bloquent totalement le renard, qui ne peut alors plus bouger.

Le Renard et les Moutons est-il un jeu de hasard ?

Non. C'est un jeu de stratégie à information complète, sans dés ni cartes : tout dépend de l'anticipation et du placement, comme aux échecs ou aux dames.

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Le Renard et les Moutons — Diyoubawelnaj n'est pas qu'un jeu ancien : c'est une manière de penser l'opposition, le nombre et la ruse, transmise de génération en génération. Douze moutons, un renard, et toute une mémoire pastorale sur un plateau en croix.

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